Aller au contenu

Droit des jeunes aux soins psychiques, urgence abso­lue : de vrais moyens et une vraie loi !

https://www.meso­pi­nions.com/peti­tion/sante/droit-jeunes-aux-soins-psychiques-urgence/164843

Emma­nuel Macron (Président de la Répu­blique), Candi­dats à l’élec­tion prési­den­tielle ; Membres du Gouver­ne­ment ; Dépu­tés ; Séna­teurs.

Nos enfants vont mal !

La France, sixième puis­sance écono­mique mondiale, ne soigne plus ses jeunes comme elle le devrait. La pandé­mie n’a fait qu’ag­gra­ver les souf­frances psychiques chez les jeunes, et le déca­lage est flagrant entre les besoins et le peu de réponses adéquates. Les familles et les profes­sion­nels en ont assez de ces listes d’at­tente inter­mi­nables. Ils en ont assez des petites mesures inef­fi­caces, sans vrais moyens pour tous, ni réflexion globale. Il est inad­mis­sible de voir s’ef­fon­drer un système de soin avec toujours moins de pédo­psy­chiatres, et des profes­sion­nels sous-payés qui finissent par déser­ter le champ de la santé mentale.

La pédo­psy­chia­trie tout entière, chro­nique­ment sous-finan­cée, n’a eu de cesse d’aler­ter à coup de commu­niqués. En vain ! Le 16 novembre dernier, c’est la Défen­seure des droits qui a du pous­ser un cri d’alarme. Sera-t-il entendu ? Il y a urgence abso­lue à réno­ver la poli­tique pour la santé mentale et la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent.

Une loi doit être dédiée à cet enjeu majeur pour les adultes de demain ! Seule une vraie loi, une « loi-cadre », sera à même de garan­tir une réno­va­tion en profon­deur de l’or­ga­ni­sa­tion des soins en santé mentale pour les jeunes. Cette loi-cadre enga­gera notre pays à finan­cer enfin cette réno­va­tion avec des moyens à la hauteur de l’enjeu.

La pédo­psy­chia­trie est au bord de la rupture mais veut conti­nuer à y croire.

L’As­so­cia­tion des Psychiatres de secteur Infanto-juvé­nile – API, vous propose donc, en signant cette péti­tion, de la soute­nir dans son appel à une vraie loi et à de vrais moyens pour les soins psychiques des jeunes !



APPEL A UNE LOI-CADRE POUR LA SANTE MENTALE ET LA PSYCHIATRIE DE L’ENFANT ET DE L’ADOLESCENT

Parce que l’en­fance est une période de la vie singu­lière, déter­mi­nante et complexe,

Parce qu’il va de soi, qu’elle doit faire l’objet d’une atten­tion première en termes de poli­tique pour la santé mentale et la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent,

Parce que la poli­tique publique de notre pays doit pouvoir répondre, aux besoins propres, psychiques et déve­lop­pe­men­taux des bébés, des enfants et des adoles­cents, en asso­ciant systé­ma­tique­ment les familles,

Parce que le modèle français de pédo­psy­chia­trie de secteur, reconnu par le Président de la répu­blique lors des Assises Natio­nales de la psychia­trie et de la santé mentale qui se sont tenues en septembre 2021, doit impé­ra­ti­ve­ment et sans aucune réserve conti­nuer à s’ap­puyer sur les préoc­cu­pa­tions de proxi­mité, d’ac­ces­si­bi­lité, de grada­tion, de conti­nuité et de qualité des soins,

Parce que la demande de soin en santé mentale et en psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent a explosé ces vingt dernières années : en péri­na­ta­lité, dans les contextes de troubles graves du déve­lop­pe­ment ou encore chez les adoles­cents en grande souf­france psychique,

Parce que la pandé­mie est venue révé­ler crûment l’im­mense contraste entre l’offre de soin et cette demande, consi­dé­ra­ble­ment augmen­tée par le contexte,

Parce que le désastre annoncé du défi­cit de moyens et d’ac­tions de la pédo­psy­chia­trie française pour remplir ses missions de préven­tion et de soin, est désor­mais un fait, constaté par tous : profes­sion­nels, familles et diri­geants. Le « Cri d’alarme de la Défen­seure des Droits sur la santé mentale des enfants et adoles­cents » du 16 novembre 2021, en est la plus simple et la plus directe des illus­tra­tions,

Parce que toutes les mesures et initia­tives gouver­ne­men­tales prises depuis long­temps n’ont consisté qu’en des renfor­ce­ments ponc­tuels et mineurs au regard du coût annuel gran­dis­sant de la santé mentale en France, estimé à près de 110 milliards d’eu­ros avant la pandé­mie,

Parce que le demi-milliard d’eu­ros consa­crés aux Centres Médico-Psycho­lo­giques pour enfants et adoles­cents, pivots du modèle français, est en déca­lage majeur avec leurs missions qui ont été réac­tua­li­sées par tous les experts et repré­sen­tants de la profes­sion, dans le nouveau cahier des charges des CMP, établi en février 2021 par le collège de pédo­psy­chia­trie de la Fédé­ra­tion Française de Psychia­trie, pour flui­di­fier les parcours, et en vue de soins person­na­li­sés, gradués, inscrits dans « l’al­ler vers » ; des soins coor­don­nés, fruits de concer­ta­tions et d’une coopé­ra­tion intel­li­gente et équi­li­brée de tous les acteurs ; des soins d’abord géné­ra­listes et, si besoin, spécia­li­sés, à partir de ce dispo­si­tif au cœur du réseau de santé mentale,

Parce que le cloi­son­ne­ment des champs sani­taire, médico-social et social nuit à la santé mentale des enfants et des adoles­cents par l’em­pê­che­ment d’une orga­ni­sa­tion géné­rale cohé­rente ; le ratta­che­ment des CMPP – centre médico-psycho-péda­go­giques – au seul champ du médico-social en est un des exemples flagrants,

Parce qu’au­cune circu­laire ni aucune loi n’est venue penser, orien­ter, orga­ni­ser spéci­fique­ment la santé mentale et la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent depuis trente ans et la circu­laire du 11 décembre 1992, dite « Circu­laire Kouch­ner » trai­tant des « Orien­ta­tions de la poli­tique de santé mentale en faveur des enfants et adoles­cents »,

Parce que ce délais­se­ment a entraîné une ruine progres­sive du service public de psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent, attei­gnant d’au­tant plus les popu­la­tions précaires, et aussi les enfants proté­gés et vulné­rables,

Parce que cette ruine touche autant les soins psychiques et réédu­ca­tifs, que les dyna­miques inter­pro­fes­sion­nelles et inter­ins­ti­tu­tion­nelles de soins aujourd’­hui très dégra­dés, tant à l’in­té­rieur du champ de la pédo­psy­chia­trie que dans les champs parte­naires comme l’école et la protec­tion de l’en­fance elles-mêmes en grande diffi­culté en termes de prise en compte de la santé mentale des jeunes,

Parce qu’au-delà de la baisse catas­tro­phique du nombre des pédo­psy­chiatres, cette ruine entraîne aujourd’­hui une désaf­fec­tion pronon­cée des profes­sion­nels, sous-payés, las, éprou­vés, dépri­més, ou inquiets de ce qui se joue pour ce domaine aupa­ra­vant attrac­tif par la richesse de pensées et de théo­ries, au carre­four de l’hu­main, du deve­nir de l’en­fant et de progrès incon­tes­tables des connais­sances,

Parce qu’il est inad­mis­sible que la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent soit poin­tée du doigt pour des suppo­sés résis­tances ou incom­pé­tences alors qu’elle n’a eu de cesse de se renou­ve­ler avec éner­gie, créa­ti­vité et rigueur dans des contextes budgé­taires déme­su­ré­ment contraints,

Parce qu’il est inco­hé­rent de cumu­ler des recom­man­da­tions de bonnes pratiques profes­sion­nelles sans qu’elles soient accom­pa­gnées systé­ma­tique­ment de moyens suffi­sants pour plei­ne­ment les appliquer sur tout le terri­toire,

Parce que la réforme du finan­ce­ment de la psychia­trie est profon­dé­ment inadap­tée à la période de l’en­fance, et que cette période de la vie doit rele­ver de l’ex­cep­tion de toute tari­fi­ca­tion à l’ac­ti­vité,

Parce qu’il n’est plus accep­table que la santé mentale et la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent fassent l’objet de marchan­dages et de commerces,

Parce qu’au-delà du double­ment mini­mum néces­saire des moyens humains et maté­riels des struc­tures publiques ou agis­sant pour le service public en santé mentale et en psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent, une orga­ni­sa­tion géné­rale de la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent doit être repen­sée avec le plus grand soin,

Pour toutes ces raisons,

De ma place de président de l’As­so­cia­tion des Psychiatres de secteur Infanto-juvé­nile,

Et au nom de tous les pédo­psy­chiatres de terrain qu’elle repré­sente, j‘appelle aujourd’­hui à une loi-cadre pour la santé mentale et la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent : 

  • Une loi-cadre spéci­fique et non l’ap­pen­dice d’une loi pour la psychia­trie géné­rale, elle-même indis­pen­sable,
  • Une loi-cadre inté­grée à une poli­tique forte de l’en­fance inves­tis­sant pour les géné­ra­tions de demain, et excluant toute logique de rende­ment,
  • Une loi-cadre énonçant les prin­cipes d’une orga­ni­sa­tion géné­rale cohé­rente et revi­si­tée des soins en pédo­psy­chia­trie, en appui premier sur un socle public suffi­sam­ment solide ; une orga­ni­sa­tion géné­rale incluant d’em­blée le médico-social, le social et le libé­ral, et croi­sant une dyna­mique de secteur habi­le­ment dimen­sion­née avec celle plus large d’une trans-secto­ria­lité suffi­sam­ment réflé­chie à diffé­rentes échelles de terri­toires,
  •  Une loi-cadre fixant des objec­tifs clairs et précis pour la réno­va­tion de la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent,
  • Une loi-cadre énonçant le prin­cipe d’un renfor­ce­ment massif de tous les moyens néces­saires pour répondre à ces objec­tifs,
  • Une loi-cadre redon­nant la prio­rité à une dyna­mique valo­ri­sée de coopé­ra­tions et de concer­ta­tions, au sens de liens consis­tants et respec­tueux entre les profes­sion­nels eux-mêmes et entre les équipes de profes­sion­nels ; une dyna­mique ancrée dans le croi­se­ment des regards et les proces­sus d’éla­bo­ra­tion collec­tive à l’échelle des lieux de soins et des réseaux ; une dyna­mique éloi­gnée des seules coor­di­na­tions méca­niques, logis­tiques, centra­li­sées et unidi­rec­tion­nelles ; une dyna­mique à même d’as­su­rer un réel portage théra­peu­tique ; une dyna­mique qui ne réalise pas autre chose qu’une poli­tique de secteur renou­ve­lée et renfor­cée incluant tous les acteurs du champ de l’en­fance,
  • Une loi-cadre réaf­fir­mant plei­ne­ment, dans une logique de soutien aux soins inté­gra­tifs : l’in­ter­dé­pen­dance de toutes les dimen­sions déve­lop­pe­men­tales chez l’en­fant, la complé­men­ta­rité entre l’abord global des soins de la personne et les inter­ven­tions spéci­fiques, ainsi que l’im­por­tance du travail avec les familles, les repré­sen­tants légaux et les parte­naires,   
  • Une loi-cadre redon­nant une véri­table place à une forma­tion diver­si­fiée de tous les profes­sion­nels, et à toutes les recherches en psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent,
  • Une loi-cadre fixant un programme et un calen­drier crédibles des actions à entre­prendre,
  • Une loi-cadre enga­geant notre pays à aller au bout de cette réno­va­tion de la psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent, en partant de cet exis­tant au bord de la rupture mais toujours vivant.

Docteur Chris­tophe LIBERT, pédo­psy­chiatre,
Président de l’API – Asso­cia­tion des Psychiatres de secteur Infanto-juvé­nile

     www.api.asso.fr

Billets en relation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.