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La Ministre de la santé parle de la psychia­trie. Une réponse d’un syndi­cat de psychiatres

Alors que le monde de la santé est en ébul­li­tion, que la situa­tion des person­nels et des rési­dant.e.s des EHPAD amène à des mani­fes­ta­tions partout, la Ministre a fait un discours programme concer­nant la psychia­trie. Voici une analyse avec contre-propo­si­tions faite par l’Union syndi­cale de la psychia­trie;

PB, 31–1–2018

 

EN RÉPONSE AUX DÉCLARATIONS DE LA MINISTRE DE LA SANTE

 

L’Union Syndi­cale de la Psychia­trie a pris acte des décla­ra­tions de la ministre de la Santé, Madame Buzyn, le 26 janvier.

Nous prenons acte égale­ment du renfor­ce­ment de la forma­tion des méde­cins géné­ra­listes en psychia­trie, avec un stage obli­ga­toire pendant la forma­tion initiale et de celui des effec­tifs hospi­talo-univer­si­taires en pédo­psy­chia­trie, mais expri­mons ici notre décep­tion, en regard des attentes des profes­sion­nels de la psychia­trie.

 

Celle qui avait dénoncé les réformes succes­sives depuis 15 ans et fait le constat d’échec d’un mode de finan­ce­ment qui génère dysfonc­tion­ne­ments perfor­mants, perte de sens et souf­france au travail, s’ins­crit en conti­nuité de ses prédé­ces­seurs.

La situa­tion de la pédo­psy­chia­trie, avec les délais d’at­tente pour les consul­ta­tions de 6 mois à un an, n’en sera pas chan­gée urgem­ment. La « consul­ta­tion complexe de pédo­psy­chia­trie pour les géné­ra­listes » vise-t-elle à pallier au manque de pédo­psy­chiatres en insti­tu­tion comme en pratique privée avec des méde­cins géné­ra­listes formés à la va-vite ? Cela n’est-il pas une néga­tion du savoir-faire profes­sion­nel des profes­sion­nel.le.s du champ ? Pour la pédo­psy­chia­trie libé­rale, le paie­ment à l’acte, même reva­lo­risé, ne finance pas le travail de liai­son et de réseau mini­mum avec les services sociaux et l’école, là où le pédo­psy­chiatre hospi­ta­lier peut comp­ta­bi­li­ser ce temps.

 

La ministre fait réfé­rence à des rapports parle­men­taires anté­rieurs, nombreux… dont elle ne dit rien. Pour­tant, la relec­ture de ceux-ci et les constats de l’évo­lu­tion du champ de la psychia­trie sont éloquents : c’est une évolu­tion marquée par une désor­ga­ni­sa­tion du service public, un manque criant de person­nels, des équipes médi­cales et infir­mières raré­fiées et épui­sées par un mana­ge­ment auto­ri­taire centra­lisé par les ARS sous la tutelle du minis­tère qui est le lot commun. Les seules ambi­tions des mana­gers du service public, en psychia­trie comme ailleurs, est de faire des écono­mies. Avec comme consé­quences une souf­france au travail à tous les niveaux, comme cela est connu et reconnu.

 

Nous réaf­fir­mons notre oppo­si­tion aux lois qui se sont accu­mu­lées depuis une quin­zaine d’an­nées, que nous avons dénon­cées chacune en leur temps, et dans la conti­nuité de laquelle la ministre s’ins­crit avec volon­ta­risme.

 

Ce mana­ge­ment auto­ri­taire est étran­ger à la pratique clinique dont un des deniers avatars est la mise en place des GHT dont l’im­por­tance est réaf­fir­mée par la ministre. Nous réaf­fir­mons notre oppo­si­tion à cette orga­ni­sa­tion bureau­cra­tique, notam­ment pour la psychia­trie.

 

Madame Buzyn a affirmé que le budget de la psychia­trie sera préservé. C’est une inten­tion louable, mais tota­le­ment insuf­fi­sante ; c’est un budget en fonc­tion des besoins des popu­la­tions, soit nette­ment augmenté, que nous voulons.

 

Et nous deman­dons l’aban­don immé­diat de toute réfé­rence à la VAP, valo­ri­sa­tion à l’ac­ti­vité, qui provoque des dégâts tant le travail en psychia­trie qui est travail d’écoute et de parole, est incom­pa­tible avec elle. Le budget est prévu en fonc­tion des « projets » établis loca­le­ment et conve­nant à l’ARS. Soit une homo­gé­néi­sa­tion par le bas. Nous affir­mons que le seul indi­ca­teur possible est celui des popu­la­tions (nombre d’eu­ros par habi­tants), en prenant en compte la dimen­sion géo-démo­gra­phique qui défi­nit le secteur psychia­trique et, surtout en zones rurales, la ques­tion de l’ac­ces­si­bi­lité aux soins (trans­ports publics).
Et enfin, quid de la préca­rité ? C’est une vraie poli­tique de soli­da­rité sociale qui s’im­pose (répar­ti­tion des richesses, déve­lop­pe­ment de services publics acces­sibles à tous, 100 % Sécu pour tous (socle commun : notre santé en danger). Dans l’at­tente, le niveau local de préca­rité pourra être inté­gré dans le coût par habi­tant.

 

Il est proposé que la Haute auto­rité de santé soit saisie pour « élabo­rer des recom­man­da­tions de bonnes pratiques profes­sion­nelles et des indi­ca­teurs de la qualité des soins en psychia­trie et en santé mentale ». Les recom­man­da­tions de la HAS concer­nant le packing et les psycho­thé­ra­pies nous amènent à être circons­pects, pour le moins. Et réduire le recours à l’iso­le­ment et à la conten­tion se fait par une pratique clinique renou­ve­lée, par des équipes de soins recons­ti­tuées et pas par des injonc­tions bureau­cra­tiques. L’exis­tence de « procé­dures » et de l’« accré­di­ta­tion » ne sont pas des gages de bonnes pratiques au sens de pratiques apai­sées respec­tueuses du sujet.

 

Nous pour­rions nous réjouir de l’ac­cent mis sur la recherche, mais une fois de plus la recherche clinique, au plus près des patients, est igno­rée, au profit des seules neuros­ciences dont une cause aux troubles psychiques semble atten­due par le minis­tère. Ce qui est un préjugé scien­tiste.

Une forma­tion à la psychia­trie des infir­miers en pratiques avan­cées est propo­sée. Non pas une année supplé­men­taire de spécia­lité pour les infir­miers en psychia­trie (comme les anes­thé­sistes ou les puéri­cul­trices), ce que nous propo­sons.

Nous ajou­tons que la forma­tion des internes en méde­cine géné­rale en psychia­trie (qui a commencé) doit se faire sur une base volon­taire et non obli­ga­toire, sinon nos internes en psychia­trie risquent d’être rempla­cés par des gens peu moti­vés.

 

Est igno­rée, encore et surtout, la poli­tique de secteur, certes mori­bonde, qui n’est rappe­lée que pour mémoire par la ministre en fin de discours. Et pour­tant, une poli­tique de secteur renou­ve­lée serait une orien­ta­tion apte à revi­vi­fier notre champ profes­sion­nel qui devient sinis­tré. La poli­tique de secteur (https://www.uspsy.fr/Secteur-motion-de-l-USP-issue-du.html), c’est une équipe pluri profes­sion­nelle qui doit pouvoir adap­ter une réponse en fonc­tion de ces moyens et des besoins de la popu­la­tion de manière évolu­tive.

Pour ce faire l’équipe doit pouvoir retrou­ver son indé­pen­dance et la possi­bi­lité d’une plani­fi­ca­tion pluri­an­nuelle par une gestion spéci­fique et le retour à une nomi­na­tion natio­nale des chefs de secteur.

Les indi­ca­teurs d’ana­lyse et de contrôle de la pratique psychia­trique, dont nous ne nions pas la néces­sité, doivent être tota­le­ment indé­pen­dants de la dota­tion budgé­tai­re… c’est le contraire que propose Madame la ministre.

 

Dans la liste des prio­ri­tés de la ministre, nous notons : psycho­trau­ma­tisme, lutte contre les compor­te­ments suici­daires. Très bien, mais cela devrait s’in­té­grer dans une clinique huma­niste poly­va­lente, non pas comme appa­raître comme des sous-spécia­li­tés multi­pliables à l’in­fini.

 

Ce discours de la ministre nous appa­raît en conti­nuité de ces poli­tiques que nous combat­tons depuis des années, négli­geant la spéci­fi­cité de notre disci­pline qui est écoute des singu­la­ri­tés en souf­france.

 

Pascal Bois­sel, président

Pierre Pare­sys, vice-président

Philippe Gasser, vice-président

 

 

Union Syndi­cale de la Psychia­trie

52 rue Gallieni, 92240 Mala­koff

Tél : 01 46 57 85 85 – Fax : 01 46 57 08 60

uspsy@­free.fr

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